Gone with de wind, David O'Selznick ou Scarlett dans le miroir

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Si une jeune journaliste inconnue d'Atlanta, Margaret Mitchell, bercée dès sa plus tendre enfance par les récits épiques de ses ancêtres sudistes n'était soudainement pas tombée malade, rien n'aurait eu lieu. Sur les conseils de son mari qui s'inquiète de sa mélancolie, elle décide d'écrire un livre. Ce sera Gone with the Wind, un hommage au Sud et à sa terre. Dix ans de recherches documentaires, trois ans d'écriture et le prix Pulitzer en 1937.

Si David O’Selznick, producteur indépendant de la Selznick International, n'avait eu peur que les droits mirobolants du livre ne lui échappent, il en fit le pari, il n'y aurait pas eu de film. Après maintes tractations avec la Métro qui n'eut aucun droit de regard sur la réalisation et le casting, l'affaire fut emballée ... pour des années ...

Mais Selznick n'est pas qu'un simple producteur. En 1957, lors d'une interview accordée à Art Buchwald il dit : "la différence entre les autres producteurs et moi, c'est que je m'intéresse aux mille et un détails qui entrent dans la fabrication d'un film. C'est leur ensemble qui fait un grand film ou qui le démolit. Personnellement, je considère qu'il m'appartient d'être responsable de tout".

Gone with the Wind connût 4 metteurs en scène. D’abord, William Cameron Menziès, puis le mythique Georges Cukor, ensuite Victor Fleming et pour finir Sam Wood qui remplaça Fleming épuisé en cours de tournage. Seul Fleming sera au générique, Cukor refusant l'offre de Selznick d'y figurer. Gone with the Wind épuisât aussi plus d'une dizaine de scénaristes (dont Scott Fitzgerald). Il épuisât le tout Hollywood. 

Pour le casting pareil. Pour Rhett, il fut question d'Errol Flynn ou de Gary Cooper, mais surtout de Clark Gable, vedette énorme et "bankable". David S. passa des mois à choisir, lui-même, Hattie Mc Daniel, l'actrice qui incarnera Mamma. Un second rôle et même le moindre figurant avaient toute son importance.

Mais ce qui a maintenu David debout, face aux vents et marées du film qui devait durer 3 heures 40 (format inédit pour l'époque), c'est la recherche de Scarlett ! Toutes les plus grandes stars hollywoodiennes furent pressenties ou même auditionnées. Joan Crawford, Bette Davis, aussi la sublime Katharine Hepburn. Dans le top quatre ne restèrent que Paulette Goddard, Jean Arthur, Joan Bennett et une inconnue, jeune anglaise et alors compagne de Laurence Olivier, Miss Vivian Leigh.

N'avait-il pas dit quelques années plus tard : "l'obligation d'aller vite sur Gone with the Wind est draconienne, mais je savais que soixante-quinze millions de personnes réclameraient mon scalp si je choisissais la mauvaise Scarlett".

Le désir de perfection de Selznick qu'il tenait de son père, lui-même producteur, fit qu'à chaque étape de la réalisation du film, à coups de visites sur le tournage, de coups de fils et surtout de correspondances quotidiennes, il était là vent debout, vérifiant la qualité d'un tissu pas assez froissé, d'une couleur jugée trop froide, de chevaux pas assez maigres, d'un décor mal vieilli, d'un plan trop fugace ou bâclé.

Mais qu'est-ce qui fait courir David? Dans cette obsession du travail, du défi à relever, de décider tout, toujours tout par lui-même? Pas l'argent. Il en a. David n'est-il pas la face cachée de Scarlett ? Lui dont le propre père avait été complètement ruiné en 1923. Elle, personnage par antipathique au premier abord. Aime-t-elle vraiment Ashley? Aime-t-elle vraiment Rhett? On s'en fout. L'histoire pour Selznick n'est pas là. L'histoire est qu'elle rebondit toujours, qu'elle va soigner les blessés d'Atlanta, qu'elle repart seule en pleine nuit  sur sa terre avec Mélanie et son bébé, qu'elle travaille la terre comme une esclave pour la faire revivre, qu'elle vole même le fiancé de sa propre sœur pour redresser son honneur et l'honneur des siens au lieu de pleurnicher. Qu'elle dit : « Je jure devant Dieu que moi et les miens ne connaîtront jamais plus la faim". Seule sur son escalier à la fin du film, ce n'est pas Rhett, ni l'argent qu'elle a perdu qui comptent. Ce qui lui reste c'est Tara, c'est son histoire, ce sont ses racines, la seule chose qu'elle ait vraiment aimée et défendue. Selznick, c'est Scarlett.

D'ailleurs notons que la fin du film est celle "orientée" par Selznick, Scarlett et Tara, et n'est pas complètement conforme à celle du livre, Scarlett et Rhett.

Non Monsieur O’Selznick, quelques soixante-quinze après, personne de réclamera votre scalp, soyez-en sûr. Vous nous avez fait rêver et réfléchir aussi et c'est inoubliable. Ce n'est pas si souvent que l'on rêve et pour cela, dans le monde entier, on vous remercie aujourd'hui encore.

 

 

 

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