Il était une fois Sergio

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Au début des années 60, le western américain décline à Hollywood. Après l'âge d'or des Walsh, Ford et Hawks, seuls quelques chef-d’œuvres verront le jour, "Rio Bravo" en 1959 et "L'homme qui tua Liberty Valance" en 1962. L'inspiration des scénaristes américains quant à la conquête de l'Ouest s'essouffle. L’Amérique s’enlise dans le bourbier du Vietnam. Le cinéma hollywoodien s’oriente vers des films plus engagés. Les questions politiques, sociales ou raciales prennent le relais et inspirent une nouvelle génération de cinéastes, Alan Pakula, Arthur Penn ou encore Robert Altman.

A la même époque, le péplum italien ne fait plus guère recette à Rome. Les studios de Cinecitta se vident de ses arènes en carton-pâte et remisent les toges antiques au placard. Difficile de rivaliser en effet avec les moyens déployés pour "Ben-Hur" de Wiliam Wyler en 1959 ou le génie de Kubrick en 1960 avec "Spartacus".

C’est alors que certains cinéastes italiens en panne de péplums décident de parodier le genre du western et font naître le "western-spaghetti". Une pléthore de cinéastes de "série B" est sur les rangs. De nombreux comédiens européens brandiront leurs premiers Colts dans des paysages qui ressemblent à l'Arizona, pourtant fîlmés pour la plupart dans la région d’Alméria en Espagne. La liste est longue, Robert Hossein, Jean-Louis Trintignant, Guiliana Gemma, Gian Maria Volonte, Klaus Kinski…
Le genre plaît, des acteurs américains viendront se joindre à l'aventure. Notamment un jeune débutant nommé Clint Eastwood, mais également Elie Wallach ou Lee Van Cleef, et enfin un monstre sacré Henry Fonda.

L'Italie casse allègrement les codes du genre. Du scénario d'abord. On est à mille lieues du parfait justicier sans peur et sans reproche glorifiant les valeurs traditionnelles de l'Ouest, tel Gary Cooper dans "Le train sifflera trois fois".

Les "cow-boys" ne sont plus. Ils sont remplacés par des aventuriers dépenaillés, mal lavés, hirsutes, plus aptes à chercher ou à récupérer les biens d’autrui qu'à défendre un territoire, la veuve ou l'orphelin. Prêts à dégainer sans états d'âme, violents, parfois cocasses, souvent énigmatiques et plus complexes qu'il n'y paraît. On est très loin de la sacro-sainte philosophie du bon et du méchant.

C'est là qu'avec les deux autres "Sergio", Corbucci et Sollima, surgit celui qui sera le génie du genre, mais surtout un génie tout court, Sergio Léone.
C’est bien grâce à lui que le western spaghetti acquiert enfin ses lettres de noblesse.
Sa trilogie de l'Ouest ouverte avec "Pour une poignée de dollars" et "Pour quelques dollars de plus" s'achèvera avec "le bon, la brute et le truand" où la fameuse scène du duel à trois reste un morceau d'anthologie dans l'histoire du cinéma.

Léone brise également les codes esthétiques. Son parti-pris de contre-plongée, de cadrages originaux, la musique omniprésente d'un autre Maestro, Ennio Morricone et l'utilisation de gros plans jamais égalée, font que la dramatisation de l'action atteint son paroxysme.
Illustration parfaite lors du premier quart-d'heure de son chef d’œuvre "Il était une fois dans l'Ouest" : un désert étouffant, trois hommes à la gueule patibulaire, une gare déserte, un train qui n'arrive pas et le ronronnement obsédant de cette mouche qui n'arrête pas de tourner… Les prémisses du drame sont en place. Il fallait aussi oser cet harmonica qui ne cesse de se lamenter et une scène d'amour torride entre un méchant et une veuve qu'aucun réalisateur américain n'aurait accepté de tourner à l'époque.

Le western-spaghetti ou quand l'Italie se permet de réécrire l'Amérique avec talent, avec brio.
Sergio Léone ne s’est pas arrêté là, seize ans plus tard, il réalise, à mon sens, le plus grand film de tous les temps pour écrire une autre histoire d’Amérique.
Arrêtons-nous là. "Il était une fois en Amérique" fera l'objet d'un autre article...

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