John Ford ou le dernier des Navajos

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Lors de sa carrière prolifique dans le cinéma muet, John Ford s'était maintes fois coltiné avec ce genre nouveau, le « western ». En 1924 notamment avec « le Cheval de Fer » où il exaltait les prouesses des pionniers tout en compatissant au sort des indiens dépossédés de leur terre. On y trouvait déjà des peaux-rouges, des cavalcades, des plumes, des scalps ainsi qu’une maîtrise parfaite de l'image. Pourtant des clichés perduraient dans ses films comme dans la tête des hommes blancs.

A cette époque, il n'avait pas encore adopté  l'attitude plus nuancée qui sera ensuite la sienne vis-à-vis des populations indiennes.

Le début du cinéma parlant ne vint en rien stopper son ascension, la parole selon lui n'étant qu'accessoire, les dialogues se devaient d’être directs et non bavards, et l'image vu de son seul œil déficient devait prédominer.

Dans les années trente, le western tomba en désamour. John Ford, outre ses missions pour la marine américaine, tourna quelques films mineurs et un chef-d’œuvre « les Raisins de la Colère » avec Henry Fonda dont il fera un de ses acteurs fétiches. En 1939, Ford ressuscita brillamment la conquête de l'Ouest avec un film majeur « La Chevauchée Fantastique ». Plus mûr et plus ouvert, il ouvra son œil de lynx sur la civilisation indienne et tomba amoureux de Monument Valley.  « Il y a pire que les indiens, clame son héroïne la prostituée Dallas, les blancs hypocrites ». Il encense à nouveau le courage des pionniers. Toutefois, il reconnaît que l'homme blanc peut être spoliateur et l'Apache farouche défenseur de son territoire et de son indépendance.

Son sang irlandais rebelle par nature, son amour immodéré pour la nature et les grands espaces trouvaient enfin une résonnance chez ceux que la plupart des américains considéraient alors comme leurs ennemis.

Avec ce film, il installa les Navajos dans la légende du cinéma. La tribu avec laquelle il tournera pratiquement tous ses westerns, s'en sortira moins pauvre et plus respectée. Par gratitude, celle-ci le nommera chef de tribu sous le nom de «Natani Nez», c'est-à-dire «Grand Soldat». De figurants, certains devinrent ses assistants lors de nombreux tournages.

La fascination de Ford pour cette période de l'histoire américaine ne le quittera pas sa fascination «Le massacre de Fort-Apache», «Le massacre de Fort Apache», «La Poursuite Infernale »,  «Cheyennes », et à mon sens un de ses plus grands films «La Prisonnière du Désert ».

John Wayne, son alter ego, évoquait souvent ainsi le don qu'avait John Ford de percer à la fois, la noblesse, le courage et la soif de liberté des tribus indiennes, en même temps que la sauvagerie inhérente au sol hostile sur lequel ils vivaient.

Pourrait-on dire "un peu comme en Irlande?

John Ford n'a pas été enterré à Monument Valley. Peut-être y avait-t-il songé ? Les Navajos sont orphelins de leur "Grand Soldat" mais leurs légendes sont mêlées à jamais.

 

 

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