Lui avril 2016 en cinq points et +++

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1. Edito Frédéric Beigbeider - P. 23
Il nous revient en forme. Sa verve est politique, voire révolutionnaire et au passage féministe, j’adore.
J’en retiens une phrase : « Des chefs médiocres gouverneront bientôt des pays vides ».

2. Entretien Nadejda Tolokonnikova - P.24
L’agitatrice des Pussy Riot s’entretient avec Beigbeder pour notre plus grand plaisir. Pas intello pour deux sous, plutôt du genre activiste un peu trash, totalement dans son époque. Pour avoir pogoter dans une église orthodoxe, elle vient de passer deux ans dans une prison russe et ça a l’air de glisser sur elle  presque comme un non-événement.  C’est à lire, mais difficile à décrire, très dans l’air du temps avec à la fois ce fatalisme et cette force russes qui ne qualifient jamais vraiment rien de grave, et cette joie très vivante empreinte de la même culture. Très étrange, très étranger, et donc intéressant.

3. Entretien politique Jean- François Copé - P. 60
Dieu sait, et quelques autres d’ailleurs, que Copé n’est pas ma tasse de thé, je le juge arriviste, libéral-libéral, et son come-back me semble grotesque. Mais, mais, mais… Cette rubrique du magazine n’est pas la meilleure, je ne sais pas si ça tient à Thomas Legrand ou aux interviewés, mais les contenus sont souvent médiocres. Et bien Copé y est bon et très loin du ridicule habituel.
D’abord cette observation sur le monde politico-médiatique : « Le journaliste dit ce qu’il ferait à la place de l’homme politique (on lui rappelle au passage qu’il y a pas mal de femmes aujourd’hui); le philosophe conduit le politique à entrer en guerre ; et l’homme politique (again …) commente comme s’il était journaliste. Tout se mélange et la parole politique est complètement discréditée.»
Sa méthode pour y remédier, cheffer, prendre d’emblée la gouvernance en votant une quinzaine d’ordonnance pour appliquer sans plus attendre son programme. La contradiction est qu’il ose évoquer un peu plus tôt la démocratie participative, mais il la mettrait en place dans un second temps. C’est loin d’être incohérent, dommage que son programme ne soit pas du tout séduisant. Mais en effet, nos gouvernants actuels auraient gouverné de la sorte en début de quinquennat, le pays irait sûrement mieux. Et surtout, le peuple aurait d’emblée profiter des mesures pour lesquelles il avait voté.

4. Enquête Massacre à l’irlandaise - P.92
L’Irlande et sa violence racontée par l’un de ses plus brillants rejetons, l’écrivain Robert MacLiam Wilson. Passionnant et plein d’esprit, de l’Histoire, de la politique, du roman, des gangsters, tout est réuni ici pour expliquer comment un pays encore Bisounours dans les années soixante est devenu une terre de psychopates. Plein d’humour, le regard de l’écrivain nous livre plusieurs pépites à hurler de rire même si le contenu est définitivement sordide. Le Nord, le Sud, la drogue, le clan, l’insularité et un goût démesuré pour la violence sont expliqués de façon à la fois documentée et romancée. Bref, un excellent article d’écrivain.

5. Il était une fois Grosse montée - P.132
Il était une fois, dans les années 70, une bande de défoncés aux surnoms bizarres, « Largo », « The bird », « Air Dale » ou « Kaukullator » qui inventèrent l’escalade libre.  Chargés à souhait d’herbe ou d’acide, ils supprimèrent les pitons et les mousquetons pour aller plus vite et grimper les différents pics de Yosemite comme si c’était le dernier jour du reste de leur vie. L’accident d’un bimoteur transportant 2500kg de cannabis en fit les plus gros fournisseurs d’herbe de Californie, en tous cas pour un temps. Et bien sûr, arrivèrent dix ans après des petits gars qui faisaient comme eux sans être défoncés, donc meilleurs et plus rapides. L’article ne nous apprend pas ce que « Les Stone Masters » sont devenus, et c’est bien dommage.

+++ La défonce du consommateur - P. 36
Pour les coconut paddles, raquettes de tennis de table en bois de coco,  le luxe cible même les pongistes maintenant.

+++ C’est qui, lui? - P.56
David Syta, ancien employé de google. Il sort un roman pour dénoncer son ancien employeur en révélant les dessous de la compagnie.  Petit regret, l’article ne nous livre aucune révélation croustillante pour nous mettre l’eau à la bouche.

+++ C’est qui, elle? - P.58
Mélanie Astle, première femme pilote à participer aux championnats du monde de voltige aérienne. Totalement fondue, et pourtant décrite avec un mental de moine bouddhiste, son kiff est de slalomer entre des pylônes aux manettes d’un avion de chasse. Une dingue de plus !

+++ Vu par Lui - P.78
Pour la série The girlfriend expérience qui nous invite à partager les aventures d’une call-girl. Réalisé par Steven Soderbergh et interprété par la petite fille du King, rien que ça…  La rareté du sujet au cinéma ou à la télévision donne envie de découvrir cette nouvelle série sans plus attendre.

+++ L’art du marché - P.80
Pour le coup de poing américain « BOOOOM » où l’on devine qu’on glisse les doigts de sa main dans les quatre « O » du mot…

+++ Toujours occupé, jamais débordé La graine et le mulet - P.150
Pour l’avantage de mettre tout le monde d’accord sur un point majeur, on peut dire « boutargue » comme « poutargue », les deux appellations figurent dans le dictionnaire. Je reste sur ma faim, c’est le cas de le dire, quand à ce qu’on y apprend. En effet, l’oubli majeur de cet article sont les origines populaires et moyen-orientales de la boutargue qu’on appelle d’ailleurs en arabe « damhout ». La cire servait à conserver le mets de la chaleur et ce sont donc les classes sociales défavorisées qui ont d’abord inventé et savouré ce produit désormais dit de luxe. Il est également réputé comme « le caviar des juifs tunisiens ». C’est d’ailleurs chez les marchands casher qu’on en trouve à foison, dans le quartier juif historique de la rue des Rosiers, mais également porte de la Vilette. Je m’étonne de ce déni culturel et de l’orientation trop luxe du de ce papier.

+++ Le mondain anonyme - P.158
Pour le suicide mode d’emploi de Jacques d’Adelsward-Fersen raconté par Jean Le Gall : « Fersen en avait marre de vivre au milieu de ses gitons de l’ultra luxe et l’uber dépravation. Il souhaitait mettre en scène sa fin d’une façon mondaine, mais absolument pas anonyme si tu vois ce que je veux dire. Il a alors convié à dîner une trentaine de convives dans sa villa de Capri, et entre la poire et le fromage, a avalé cul sec un cocktail ultra chargé en cocaïne noyé dans de l’asti spumante et relevé d'une pincée de poivre » Rideau.

 

Commentaires

j'adore. Toi aussi, tu es comme Beigbeder, tu reviens en grande forme après avoir passé ton tour sur le dernier. Tu m'as donné envie de l'acheter. Je ne savais pas pour la poutargue, parce que bien sûr, si tu écoutes les corses, ça vient de chez eux :-)

Ah oui, évidemment, comme je ne commente jamais, j'ai oublié de mettre un objet dans le commentaire précédent! Maintenant je sais.

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