Lui septembre 2015 en cinq points et +++

Archives

1. L’entretien Martin Amis - P. 20
Ca commence comme un dîner entre copains pas forcément intéressant.
La présence de Robert Mac Liam Wilson gâche un peu la fête. J’apprécie pourtant l’écrivain-journaliste, mais sans trouver sa place dans cette triangulaire, il se contente d’être cynique voir mauvais, inutile et finalement nocif à l’échange entre Beigbeder et Amis.  D’ailleurs de façon amicale, Beigbeder ne peut s’empêcher de le traiter de « jaloux » au cours du repas. Il doit a posteriori regretter de l’y avoir convier, surtout lorsque c’est lui qui conclue l’entretien, insultant la France de pays « incroyablement raciste » alors que l’irlandais a choisi de s’y installer.
J’aurai préféré m’abreuver des mots de Martin Amis seul face à Beigbeder.
Heureusement, et assez rapidement, l’échange va se faire entre eux deux, ça parle de littérature, encore et toujours, de la Shoah, du monde moderne, de bons sentiments, d’amour éternel ou d’aventure d’une nuit.
Sur la Shoah, Amis cite d’abord Bernstein : « Notre compréhension de la Shoah est essentielle à la compréhension que nous avons de nous-mêmes ».
Puis,  Primo Levi : « Non seulement on ne peut pas comprendre, mais on ne doit pas comprendre ».
Pour conclure lui-même : « Ce qui est arrivé est anti-humain, contre-humain, et aucun être humain ne peut le comprendre »
La Shoah serait-elle donc la partie incompréhensible de nous-mêmes, la terre  intérieure de nos possessions, nos névroses, nos psychoses, la terre intérieure de notre Mal face à notre Bien?
Sur le monde moderne : « L’effort pour comprendre ce monde est énorme, et il ne me fascine pas assez pour que j’ai envie de le faire. »
Une façon d’exprimer que tout nous dépasse, mais que vide de sens et d’idéologie, il est bien difficile d’y distinguer une quête, même quelconque.
The Zone of interest, traduit de l'anglais par Bernard Turtle, ed. Calamann Lévy, 392 pages.

2. Politique Instinct Basique Valérie Pécresse - P.58
On y apprend comment Valérie Pécresse est devenue de droite. Amoureuse depuis l’enfance de Dostoïevski , du Docteur Jivago et donc de la Russie toute entière, au lieu de partir dans les colos huppées de Crans Montana, elle choisit adolescente, malgré son confort bourgeois, de passer ses vacances dans des camps pour jeunes en Union Soviétique. Son témoignage est riche et intelligent et nous fait percevoir autre chose d’elle-même. En ce sens, l’entretien se révèle passionnant.
Elle évoque avec élégance la loyauté en politique.
Pour terminer, elle nous rassure entre les lignes sur ses intentions en 2017, affirmant qu’Alain Juppé est un de ses modèles.

3. Rentrée littéraire Ça va saigner - P.72
Rentrée littéraire sur fond de règlements de comptes Germanopratins.
Croustillant du point de vue du Gossip, qui serait ce vieil écrivain antisémite dont Emilie Frêche serait tombée amoureuse dans Un homme dangereux ? Google me renseigne, il s’agirait de Patrick Besson. Tiens donc, au même moment je m’aperçois qu’il ne collabore plus au magazine et qu’il a disparu de l’ours.
Instructif sur le plan légal, plusieurs témoignages d’avocats cherchent à définir comment établir une frontière claire entre la liberté d’écrire des livres mêmes autobiographiques, sans pour autant diffamer les individus racontés.
Ironie du sort, un procès fait très souvent la publicité de ce genre d’ouvrage et le diffamé attaquant perd très souvent au tribunal.
Les écrivains, leurs éditeurs ainsi que leurs avocats le savent d’avance et s’en frottent les mains.

4. Portrait Le dernier roi de Rome - P.108
Portrait de Massimo Caminati, suprême raclure mafieuse comme l’Italie sait si bien en produire. Issu d’une mouvance terroriste d’extrême droite, il a fait fortune sur le dos des migrants en détournant les subventions nationales et européennes. En bref, quand des migrants vivent dans ses structures prêtes à s’effondrer, il évolue dans l’opulence avec notamment une collection d’œuvres d’art estimée à 200 millions d’euros.
Il vient d’être arrêté et s’apprête à embarquer dans sa chute la moitié de la classe politique du pays, tous bords confondus. L’enquête révèle une fois de plus une Italie corrompue du sol au plafond.
A la suite d’un parcours mafieux classique à l’ancienne, braquage, trafics en tous genre, Carminatti a réussi à devenir un mafieux en col blanc grâce à la collaboration de l’ancien maire de Rome, Gianni Alemanno, proche de Berlusconi, élu en 2008.
Au travers des marchés publics, d’abord dans la propreté, nettoyage de la ville et ramassage des ordures,  puis dans la gestion des réfugiés avec laquelle il a amassé plus de 60 millions d’euros par an. Trafic plus lucratif que celui de la drogue. Quand on sait ce que la pauvre Italie absorbe comme migrant ces dernières années, les mauvais garçons peuvent se réjouir de ce nouveau business.
Au passage, galerie de portraits de politiciens italiens corrompus, édifiant !

5. Il était une fois Destination finale - P.130
La triste histoire d’un homme, Donald Crowhurst, qui voulu faire le tour du monde en bateau pour payer ses dettes.
Il grandit en Inde de façon tout à fait confortable, puis, à l’adolescence, il découvre la misère avec la fin des colonies et le retour au bercail anglais.  Devenu entrepreneur et père de famille, il invente un équipement radio permettant aux bateaux de se guider en se servant des informations transmises par les fréquences de la marine et de l’aviation.
L’idée est géniale et populaire dans le milieu de la voile, mais il n’a plus les moyens de financer son développement. Effrayé par le fantôme d’une nouvelle banqueroute familiale, il s’embarque dans la folie de concourir au premier Golden Globe, tour du monde en bateau en solitaire. Bien que n’ayant pratiqué la voile que de façon occasionnelle, il se lance seul dans la construction de son bateau et dans la course.
Dés le départ, il comprend que son bateau n’est pas fiable, plutôt que de revenir sur ses pas et affronter ses dettes, il choisit de mentir sur ses positions, faisant croire qu’il talonne les autres concurrents déjà au Cap Horn, alors qu’il n’est qu’au large du Brésil.
Son plan, les talonner lorsqu’ils repasseront dans l’autre sens, puis arriver dans les derniers pour que son journal de bord passe inaperçu.
Seulement,  Crowhurst n’avait pas prévu que tous les autres, sauf un, abandonnerait, et qu’arrivant deuxième, donc lauréat, sa tricherie serait fatalement démasqué. Il décide alors de se laisser dériver, son bateau sera retrouvé avec son témoignage de la vérité inscrit manuscrit dans son journal de bord officieux.
Robin Knox-Johnston, seul arrivant et donc gagnant de l’ancêtre du Vendée Globe, remettra la somme de 5000£ gagnée à la femme de Crowhurst.
Un champion à l’ancienne, qui oserait imaginer pareille attitude aujourd’hui.

+++
La défonce du consommateur - P.32
Petite bombe Anglo-Japonaise avec ce que chacun sait faire de mieux !
Les anglais au design et les japonais à la motorisation.
XS650 Yamaha revue par l’atelier Auto Fabrica, tout alu, une merveille !

+++
C’est qui elle? - P.57
Behnaz Shafei, iranienne addicte de motocross ou comment émanciper le droit des femmes en Iran en enfourchant un CRF 250 Honda.

+++
Vu par Lui Touche pas à ma pute - P.79
Much loved du marocain Nabyl Ayouch filme le quotidien de quatre prostituées au Maroc. Evidemment censuré dans son pays d’origine, Nicolas Shaller nous donne envie de le voir, il y décrit un récit vivant, misérable, drôle et réaliste. Mention spéciale pour le titre de l’article « Touche pas à ma pute ».
Qui a dit que le magazine Lui était mysogine ?

+++
La fille en couverture Joan - P.82
Elle est tout simplement sublime !
Pour la première fois le magazine renoue avec l’esprit photo des anciens Lui. C’est cool !

+++
Toujours occupé, jamais débordé Quelque chose à se faire pardonner ? - P.153
Pour la robe violette immettable signée Lacoste et siglée René.

+++
Le bilan de santé Tommy Hilfiger - P.154
Celui qui ne sera jamais qu’une très pâle copie de Ralph Lauren prend la précaution d’être accompagné par son assistant personnel pour une interview extrêmement anodine sur sa santé. Ce même assistant demande à deux reprises de passer à la question suivante lorsque le sexe est abordé. Affligeant.

+++
Le mondain anonyme - P.158
Comment vais-je pouvoir m’organiser pour croiser Blanchette en vivant à Boulbon ?

Ceci n’est pas un résumé du magazine afin de vous éviter de le lire, au contraire. Addicte des « Lui » anciens que je collectionne depuis de nombreuses années, j’ai été très agréablement surprise par la qualité de la version moderne et de sa fidélité à l’esprit de la version ancienne. Mission plutôt difficile dans un contexte de crise quand on se souvient de l’insouciance des années soixante, soixante-dix et quatre-vingt. J’ai un plaisir fou à le lire, justement parce que j’y retrouve cette insouciance, sensation en voie de disparition. C’est donc un bonheur de le partager avec vous. A vos kiosques!

 

Ajouter un commentaire

CAPTCHA

This question is for testing whether or not you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.