Ralph Lauren ou le syndrome de la Rose Pourpre du Caire

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Ralph Lauren est-il un couturier, un styliste ou un cinéphile égaré dans la toile ?

Né en 1939 dans le Bronx, issu d'une famille modeste d'origine juive russe, le petit garçon a rêvé depuis toujours sa vie en technicolor. On devine dans ses vêtements, la déco de ses boutiques, ses collections personnelles, à quel point son imaginaire s'est développé dans les salles obscures.

Le gosse qu'il était s'est évadé loin de sa condition sociale à travers l'amour des films et des stars. Comme Mia Farrow dans le chef-d'oeuvre de Woody Allen "la Rose Pourpre du Caire", il est entré dans l'écran pour y puiser sa vie.

Pas assez beau pour égaler Cary Grant, son idole; pas assez grand pour devenir sportif professionnel comme Joe Di Maggio, il va s'inventer un monde où tout lui sera possible.

Au fil de ses créations, Ralph Lauren raconte des fragments de l'histoire américaine et c'est précisément ce qui en fait un artiste à part.
Le tweed épais d'une veste à martingale vous projette à Ellis Island en un clin d'oeil, un costume à fines rayures vous invite instantanément aux fêtes somptueuses de "Gatsby le Magnifique".
Dans ses vêtements, on redécouvre l'exode américain, la Ivy League, la guerre du Vietnam, le grand ouest des cow-boys et des indiens, les speakeasys de la prohibition, les salons feutrés de la haute société WASP, la Nouvelle-Orléans et ses clubs de jazz, les voiles du Maine.
Les mythes parcourus sont ceux de la culture populaire américaine. Ralph Lauren, devenu mythe lui-même, en est l'emblème.
En nous racontant des histoires de cinéma et en nous les faisant partager.

Ralph Lauren n'a jamais été contestataire. Il a fait des études supérieures, son service militaire. Il évoque son enfance sans frustration et avec bienveillance.
Réputé doux et modeste, il est un bon fils, un bon père, un bon patron et un bon mari (après cinquante ans de mariage, il ne manque pas une occasion de déclamer sa flamme à son épouse Ricky).

La sincérité et la force de ses rêves l'ont conduit à un succès inégalé dans le monde de la mode.

Un jour habillé en gentleman farmer dans son manoir du Connecticut, un autre vêtu d'une veste à franges dans son ranch du Colorado, que portera-t-il demain?

Pour autant, philantrope, mécène, très actif dans les luttes anti-cancer et anti-ségrégation raciale, il lui arrive souvent de "retraverser" l'écran pour la "vraie vie".

"J'adorais les vieux vêtements de l'armée, j'allais en acheter dans les surplus. J'avais des idées fixes. Par exemple, je voulais une veste indienne avec des franges. Il n'y en avait pas dans les magasins mais c'est ce que je voulais. Comme j'étais très athlétique, je portais aussi des vêtements de sport. J'allais beaucoup au cinéma, j'étais un fan de westerns. J'aimais Frank Sinatra, Fred Astaire, Cary Grant. Les films, les livres, les vitrines des magasins, les gens que je regardais, tout cela était dans ma tête, je fabriquais des histoires sans forcément m'en rendre compte. Peut-être parce que j'ai hérité de mon père peintre le sens du style et des couleurs, ces histoires se traduisaient sous une forme esthétique. Le sport, le western, les ranchers, les ouvriers... J'étais comme "romancé" par différentes vies. Au début, on me disait souvent : "Mais Ralph, tu viens du Bronx, tu te prends pour qui ? Pour un cow-boy, pour un gentleman-farmer anglais ?" Je répondais : "L'Amérique s'est faite avec des rêves."


Commentaires

Ces photos ont vraiment l'air de sortir d'un film de Sergio Léone, avec un p'tit côté Charles Bronson.
Très bel article!

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